Quand des revues scientifiques deviennent lucratives, des réseaux opaques se dissimulent

Acheter une revue scientifique pour augmenter les tarifs et le nombre de publications est devenu un phénomène alarmant. Cette stratégie, dénoncée par deux chercheurs de l’Université de Grenade dans leur enquête intitulée « L’invasion des voleurs de revues scientifiques », met en lumière les dérives du monde académique.

  • Des revues scientifiques sont achetées pour augmenter les tarifs et publications
  • Les frais pour publier dans certaines revues ont fortement augmenté
  • Ces pratiques contredisent l'intégrité scientifique
  • Des revues indépendantes sont vulnérables face à ces dérives

Michel Dubois, sociologue et directeur de recherche au CNRS, a constaté que certaines maisons d’édition proposent des offres de rachat conséquentes, comme celle reçue par Flaminio Squazzoni pour la revue JASSS : « Sans augmenter le rythme de publication actuel, il faudrait huit à dix ans pour rentabiliser l’opération ». En effet, avec 150 articles publiés par an à 1 500 euros chacun, JASSS pourrait récupérer son investissement en deux ans.

Des frais exorbitants pour publier dans certaines revues académiques

Les frais appelés « Article Processing Charges » (APC) ont explosé ces dernières années. Oxbridge Publishing House Ltd a ainsi acquis plusieurs revues réputées depuis 2020, augmentant les APC jusqu’à 6 000 euros. Par exemple : – La revue Artseduca est passée d’une politique gratuite à des APC de 2 400 euros. – Le Journal of Sports Psychology a vu ses frais grimper de 300 euros à un montant compris entre 3 000 et 6 000 euros. Ces hausses sont souvent accompagnées d’une baisse significative de la qualité éditoriale. De nombreuses études sont publiées sans vérification adéquate, conduisant même à l’exclusion d’un tiers des revues acquises par Oxbridge des bases données académiques telles que Scopus.

Des pratiques suspectes menacent l’intégrité scientifique

Guillaume Cabanac, chercheur en informatique à l’université Toulouse et victime d’un procédé similaire en 2021, souligne que le comité rédactionnel n’était pas informé du rachat coup sur coup de la revue ISI. Sous ce nouveau management, les frais ont été fixés à 600 dollars, tandis que le rythme annuel a triplé. Les recherches montrent également une tendance inquiétante : beaucoup d’auteurs proviennent désormais principalement de pays associés aux pratiques douteuses en science, comme la Chine ou l’Indonésie. Le professeur émérite Hervé Chneiweiss explique : « Le problème des APC est lié au publish or perish : il faut publier pour survivre dans le monde scientifique ».

Une vigilance accrue s’impose face aux dérives du marché scientifique

L’Office français de l’intégrité scientifique prévient que ces affaires mettent en évidence une vulnérabilité croissante parmi les revues indépendantes alors qu’elles peinent souvent avec peu de moyens financiers. Il est donc essentiel pour les chercheurs et institutions universitaires d’adopter une attitude prudente face aux offres alléchantes qui pourraient compromettre leur intégrité académique. Agnès Henri, directrice générale chez EDP Sciences – rachetée récemment par un groupe chinois – reconnaît qu’il existe des irrégularités mais assure que toutes leurs publications respectent encore bien les normes évaluatives habituelles.

À retenir sur cette problématique grandissante dans le monde scientifique

Facing the abuses related to scientific publications : – Restez vigilant quant aux revues où vous soumettez vos travaux. – Évitez toute précipitation vers des options économiques séduisantes mais potentiellement compromettantes. Consultez toujours un professionnel si vous avez un doute concernant la légitimité d’une revue ou ses pratiques éditoriales afin d’éviter tout risque lié à votre réputation académique.

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