Quel est l’impact réel des téléconsultations sur l’accès aux soins en France ? Quatre ans après leur essor durant la pandémie, un audit de la Cour des comptes révèle que ces consultations à distance ont une place « limitée » dans le système de santé français. Le rapport souligne également la nécessité de revoir les stratégies de déploiement pour mieux répondre aux besoins des patients.

- La téléconsultation connaît une baisse
- Les médecins pratiquent la téléconsultation rarement
- Les téléconsultations bénéficient particulièrement aux jeunes médecins
- Les zones rurales ont peu d'accès aux téléconsultations
La téléconsultation connaît un recul significatif
Depuis 2020, la téléconsultation a subi une forte baisse, passant de 18,6 millions d’actes à 12 millions en 2023. Ce chiffre reste cependant supérieur aux 140 000 téléconsultations enregistrées en 2019, lorsque cette pratique était marginale.
Parmi les omnipraticiens, la part des actes réalisés par téléconsultation est passée de 5,5% à seulement 2,2%, représentant moins d’une consultation sur quarante ! En chiffres concrets, ils ont réalisé en 2023 : – 229 millions de consultations physiques, – 15 millions de visites, – et seulement 5,5 millions de téléconsultations.
Les spécialistes ne sont pas épargnés par cette tendance : leur part a chuté de 3,6% à 2,1%, avec une baisse globale des volumes atteignant presque 40%. Notamment les psychiatres qui représentent à eux seuls la moitié des environ 1,8 million d’actes effectués par des médecins spécialistes en 2023.
Les raisons derrière ce désintérêt croissant
La cour évoque deux raisons principales expliquant pourquoi cet outil reste sous-exploité. D’une part « la tendance des médecins à pratiquer la téléconsultation principalement lors de crises plutôt que comme une pratique intégrée ». D’autre part « les réticences fortes au sein des syndicats professionnels », qui demeurent critiques face à son utilisation.
Le rapport note aussi que les jeunes médecins urbains sont plus enclins à utiliser la téléconsultation : elle représentait en 2021 4,8% de leur activité contre 2,5% pour leurs confrères plus âgés (65 ans ou plus).
L’accès inégal aux soins selon les territoires
Un autre constat préoccupant est que « les téléconsultations ont eu un impact faible sur l’accès aux soins dans les zones d’intervention prioritaire ». L’Île-de-France concentre plus de la moitié des actes réalisés dans le pays tandis que dans les zones rurales dispersées elles ne représentent que 1% !
De plus, bien qu’elles soient censées bénéficier aux populations vulnérables telles que : – Les personnes âgées, – Les patients souffrant d’affections chroniques, – Les détenus, ceux-ci n’accèdent pas facilement aux services offerts par ces plateformes.
Clarification nécessaire pour développer la stratégie
Pour ancrer durablement la téléconsultation dans le paysage sanitaire français et soutenir efficacement les professionnels concernés, il est impératif selon la Cour d’améliorer plusieurs aspects organisationnels et réglementaires :
- Clarifier le rôle du ministère : La direction générale doit jouer son rôle clé sans ambiguïté
- Réorienter le soutien financier : Vers les zones fragiles et ceux nécessitant un accès prioritaire
- Mieux encadrer juridiquement : Stabiliser le cadre juridique autour notamment des prescriptions à distance et l’agrément des sociétés impliquées
- Ajustements financiers : Permettre certaines facturations actuellement interdites afin d’inciter davantage d’acteurs médicaux vers ce mode opératoire
D’autres recommandations suggèrent enfin
- Affiner la rémunération pour infirmiers et pharmaciens qui accompagnent ces démarches afin qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle auprès du patient
- Assouplir certaines conditions spécifiques au remboursement dans les zones sous-dotées pour élargir l’accès aux soins via télémédecine
- Pousser encore davantage vers une intégration fluide entre soins physiques classiques et consultations digitales afin d’éviter toute fracture sanitaire future entre population urbaine favorisée contre celle rurale isolée