Yuka et Que Choisir Ensemble dénoncent, dans une enquête que France Inter et France Culture ont pu consulter, les mentions « sans conservateur, sans colorant » apposées sur certains produits. Selon les auteurs, ces mentions induisent les consommateurs en erreur, car les produits analysés contiennent d’autres additifs, parfois controversés.
« Derrière ces promesses rassurantes se cache parfois une tout autre réalité », pointe l’enquête. Certains produits affichent l’absence de certains additifs, mais « en contiennent en réalité d’autres, parfois controversés » et moins connus du grand public. Julie Chapon, cofondatrice de l’application Yuka, qui scanne et évalue l’impact sur la santé et l’environnement des produits alimentaires et cosmétiques, alerte sur ce point. Les deux organisations demandent le retrait de ces mentions, qu’elles qualifient d’« additive washing », en référence au green washing, pratique commerciale consistant à mettre en avant de faux arguments écologiques.
Des produits ultratransformés mis en cause
Parmi les vingt produits étudiés, l’enquête relève notamment « des diphosphates qui sont des additifs problématiques », ainsi que des mono et diglycérides d’acides gras. Julie Chapon cite des travaux récents : « Il y a des études assez récentes », notamment de l’Inserm en 2023, « qui montrent avec cette association un risque de cancer et de maladies cardio-vasculaires ». Elle ajoute : « Il est marqué sans conservateur sur le produit, mais il y a plein d’autres additifs à l’intérieur qui sont aujourd’hui problématiques. »
Les vingt marques citées sont Ker Cadélac, Daunat, Président, Old El Paso, Moulin de Valdonne, Alsa, Pasquier, Haribo, Findus, Knorr, Blini, Elle & Vire, Père Dodu, Vico, Ben’s Original et Yoplait. Les produits concernés vont des yaourts aux fruits aux madeleines, en passant par les cordons-bleus et les pommes noisette. Pour les auteurs de l’enquête, « les vingt produits que nous dénonçons ont un point commun » : « ce sont tous des aliments ultratransformés, c’est-à-dire des préparations industrielles contenant des ingrédients et/ou des additifs qu’on ne trouve pas dans une cuisine domestique. Et tous contiennent au moins un additif que Yuka classe à risque élevé, rouge ».
Un flou juridique autour des mentions
Pour Julie Chapon, les marques savent que les consommateurs sont de plus en plus attentifs aux additifs, et elles utilisent donc cette pratique « comme un argument marketing pour mettre en avant l’absence de certains additifs ». Plusieurs industriels contactés par France Inter répondent que le consommateur dispose de la liste complète des ingrédients au dos des emballages. Carrefour et Coopérative U insistent, de leur côté, sur l’amélioration continue de leurs recettes et sur leur volonté d’éliminer toutes les substances controversées.
Ces mentions ne sont aujourd’hui encadrées par aucun texte spécifique. Elles relèvent du « seul principe général de loyauté de l’information », dénoncent les auteurs de l’étude. Yuka et Que Choisir Ensemble demandent donc à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de conduire « une enquête nationale dédiée », destinée à « recenser les produits qui les utilisent, vérifier ce qu’ils contiennent réellement, et déterminer dans quelle mesure ces mentions induisent les consommateurs en erreur ». « Nous demandons également que les résultats en soient rendus publics, y compris le nom des marques concernées », précise l’enquête.

