Chirurgie nécessaire pour un carcinome canalaire de bas grade ?

Une nouvelle étude remet en question les recommandations actuelles concernant le traitement des carcinomes canalaires in situ de grades 1 et 2. La surveillance active pourrait être aussi efficace que la chirurgie, selon l’étude Comet, publiée dans Jama. Ce changement d’approche soulève des interrogations sur la nécessité de revoir les pratiques médicales.

  • Étude Comet analyse efficacité surveillance active chirurgie
  • 55% patientes prévues opérées ne le furent pas
  • Nouvelles données suggèrent révision recommandations chirurgie
  • Absence corrélation entre détection prématurée et mortalité

Chirurgie nécessaire pour un carcinome canalaire de bas grade ?

La surveillance active s’avère non inférieure à la chirurgie

L’étude américaine Comet a analysé l’efficacité de la surveillance active par rapport à la chirurgie pour traiter les carcinomes canalaires in situ (CCIS) de grades 1 et 2. Réalisée entre 2017 et 2023, cette recherche a impliqué 957 femmes, avec un âge médian de 63,6 ans. Les participantes étaient divisées en deux groupes : l’un recevant un traitement chirurgical immédiat, tandis que l’autre bénéficiait d’une surveillance régulière tous les six mois.

Au bout de près de 37 mois, il a été observé que 346 femmes ont subi une opération, dont 264 dans le groupe chirurgical et seulement 82 dans le groupe sous surveillance active. L’incidence du cancer invasif était comparable entre les deux groupes, avec une déclaration chez 5,9% des patientes opérées selon les recommandations contre seulement 4,2% pour celles sous surveillance active.

Un suivi complexe avec un respect du protocole limité

Il est crucial de noter que seulement 55% des patientes devant subir une intervention chirurgicale ont effectivement été opérées dans les six mois suivant leur diagnostic. Cela montre un non-respect significatif du protocole établi par l’étude. En conséquence, les chercheurs ont dû subdiviser ces patientes en quatre sous-groupes pour mieux analyser leurs résultats.

Le premier groupe comprenait celles qui avaient effectivement subi une opération, tandis que le second regroupait celles qui avaient reçu une surveillance après avoir initialement prévu d’être opérées. Les deux autres sous-groupes incluaient celles n’ayant pas subi d’opération mais ayant bénéficié d’une surveillance active et celles ayant été traitées chirurgicalement dès le départ.

Les recommandations actuelles pourraient nécessiter une révision

Actuellement, selon les recommandations internationales sur la prise en charge des carcinomes canalaires in situ, il est conseillé d’opter pour une approche chirurgicale immédiate. En France, des organismes tels que l’Institut national du cancer recommandent principalement la chirurgie conservatrice si elle permet d’obtenir des marges chirurgicales saines supérieures ou égales à 2 mm, accompagnée d’une radiothérapie.

Cependant, ces nouvelles données suggèrent qu’il serait peut-être temps de réexaminer ces directives. Comme souligné par plusieurs experts du Memorial Sloan Kettering Cancer Center : « Le moment est-il venu d’abandonner la chirurgie pour les carcinomes in situ de bas grades ? ». Ils pointent également vers un risque potentiel de surtraitement associé aux interventions chirurgicales habituelles.

L’absence de corrélation entre détection précoce et mortalité

Les Drs Monica Morrow et Andrea Barrio notent que « l’augmentation de la détection des carcinomes canalaires in situ entre 1992 et 2011 ne s’est pas accompagnée d’une réduction significative de la mortalité », ce qui laisse penser qu’un nombre important ne progressera jamais vers un cancer invasif.

D’autres essais cliniques sont actuellement en cours pour approfondir cette question délicate concernant le traitement des CCIS à faible risque. Des recherches comme l’essai Lord, achevé récemment avec ses résultats attendus avant fin 2026, ainsi que l’essai Loretta, dont le recrutement s’est terminé début janvier 2024, devraient apporter davantage d’éclaircissements sur ce sujet controversé.