Pourquoi certaines personnes semblent-elles immunisées contre le cancer ?

Un projet français vient d’obtenir un financement dans le cadre d’un prestigieux programme international de recherche sur le cancer. Conduit par l’équipe internationale ATLAS, il vise à comprendre pourquoi certaines personnes ne développent jamais la maladie, malgré une forte exposition à certains facteurs de risque.

Pourquoi certaines personnes semblent-elles immunisées contre le cancer ?

L’équipe est dirigée par le Dr Paul Bastard, de l’unité d’immuno-hématologie rhumatologie pédiatriques (UIHR) de l’hôpital Necker-Enfants malades de l’AP-HP, à Paris, et chercheur à l’Institut Imagine. Elle figure parmi les nouveaux lauréats du programme Cancer Grand Challenges, cofondé par Cancer Research UK (CRUK), au Royaume-Uni, et le National Cancer Institute (NCI), aux États-Unis, puis rejoint notamment par l’Institut national du cancer (INCa). Le programme peut attribuer des bourses allant jusqu’à 25 millions de dollars.

Le projet s’intéresse à des personnes à haut risque qui échappent pourtant au cancer, afin d’identifier les mécanismes biologiques susceptibles d’expliquer cette résistance naturelle. Les cohortes étudiées comprennent des centenaires, des personnes fortement exposées mais indemnes de cancer, ainsi que des jumeaux dont l’un a développé un cancer.

Exploiter les réponses naturelles de l’organisme

La piste privilégiée concerne le rôle des auto-anticorps, ces anticorps qui ciblent des éléments de notre propre corps, dans la modulation du système immunitaire et sa capacité à favoriser ou freiner le développement des tumeurs. Les Prs Paul Bastard et Jean-Laurent Casanova, membres de l’équipe, sont à l’origine de travaux établissant un lien entre les auto-anticorps et la gravité de la COVID-19.

Le projet repose, selon l’hôpital Necker-Enfants malades, « sur une collaboration étroite entre cliniciens, chercheurs et représentants de patients issus de huit institutions réparties dans six pays. Les expertises mobilisées couvrent un large spectre, allant de l’immunologie à la multi-omique, en passant par la pédiatrie, le vieillissement, la prévention et l’étude des liens entre infections et cancer ». Il ne vise pas à découvrir les causes des cancers, mais à exploiter les réponses naturelles de l’organisme pour prévenir leur apparition.

Trouver les auto-anticorps qui permettent de résister au cancer

Les scientifiques partent du principe que le système immunitaire repère les cellules cancéreuses, qu’il parvienne ou non à les détruire, certaines tumeurs réussissant à tromper les défenses de l’organisme ou à les neutraliser. La mémoire de ces réponses immunitaires, positives ou négatives, persiste, du moins en partie, dans les anticorps présents dans le sang. « L’équipe recherchera des auto-anticorps susceptibles de contribuer à l’évitement du cancer », indique le site de Cancer Grand Challenges.

Le programme ajoute que « les travaux de cette équipe pourraient transformer notre compréhension de la surveillance immunitaire dans la formation des tumeurs, révéler de nouveaux antigènes tumoraux et des erreurs immunitaires liées aux auto-anticorps qui favorisent le développement du cancer. À terme, les travaux d’ATLAS visent à fournir de nouveaux biomarqueurs et à identifier des mécanismes cibles pour la prévention et le traitement du cancer ».