Ventre gonflé, douleurs, diarrhée ou constipation : le syndrome de l’intestin irritable revient dans l’actualité à la faveur d’un livre du gastro-entérologue Gabriel Perlemuter. Derrière le titre de « dernières découvertes », la recherche récente dit surtout deux choses : on ne sait toujours pas le diagnostiquer par un examen, mais certaines thérapies comportementales ont fait leurs preuves.
- Le diagnostic de l'IBS reste basé sur les symptômes, sans biomarqueur en 2026.
- Les thérapies comportementales, notamment l'hypnothérapie et CBT, améliorent les symptômes.
- Les médicaments peuvent aussi soulager, mais ne sont pas toujours préférés aux thérapies.
- L'héritage familial et les traumatismes pourraient jouer un rôle dans la maladie.
Des « découvertes » qui viennent surtout d’un livre
L’article qui circule ces jours-ci sous le titre « les dernières découvertes » est en réalité un entretien avec le Pr Gabriel Perlemuter, chef du service d’hépato-gastro-entérologie et nutrition de l’hôpital Antoine-Béclère (AP-HP), à l’occasion de la sortie de son livre Le ventre en héritage. Il y fait le point sur une maladie que la médecine a longtemps renvoyée à la tête des patients.
C’est d’ailleurs son premier message. « Ce qui rend cette maladie compliquée, c’est le contraste entre des symptômes parfois très intenses et des examens médicaux normaux », explique-t-il. D’où la phrase que beaucoup de malades ont entendue : « c’est dans votre tête ». Le spécialiste la récuse : l’intestin et le cerveau échangent en permanence, mais cela ne veut pas dire que les patients inventent leurs symptômes.
Toujours aucun biomarqueur en 2026
Sur le fond, la synthèse la plus récente va dans le même sens. Une revue parue le 16 juillet 2026 dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology, à laquelle a participé la Mayo Clinic, constate qu’il n’existe toujours aucun biomarqueur définitif du syndrome, malgré trente ans de recherche.
Ces trois décennies ont pourtant identifié une longue liste d’anomalies possibles : infections digestives, microbiote modifié, intestin plus perméable, inflammation de bas grade, motricité perturbée, rôle de la sérotonine et des acides biliaires. Côté cerveau, la santé psychologique et la façon dont la douleur est traitée entrent aussi en jeu. Les auteurs décrivent ces mécanismes comme agissant ensemble, via l’axe intestin-cerveau. C’est ce qui fait aujourd’hui classer le syndrome parmi les « troubles de l’interaction intestin-cerveau », et non comme une simple maladie digestive.
Conséquence pratique : le diagnostic se fait sur les symptômes, en écartant d’autres maladies. Un amaigrissement inexpliqué ou du sang dans les selles orientent vers d’autres causes et doivent faire consulter.
Ce qui marche : les thérapies qui visent l’axe intestin-cerveau
La donnée la plus solide n’est pas neuve, mais elle est récente. En octobre 2025, une méta-analyse publiée dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology a rassemblé 67 essais randomisés et 7 441 participants. Conclusion : plusieurs thérapies comportementales améliorent l’ensemble des symptômes. Les preuves les plus nombreuses concernent les thérapies cognitives et comportementales, y compris en version courte ou sur internet, l’éducation à l’autogestion de la maladie, la psychothérapie dynamique et l’hypnothérapie centrée sur l’intestin.
Attention à une reprise erronée qui circule : cette méta-analyse ne compare pas ces thérapies aux médicaments. Elle les compare à des groupes témoins ou entre elles. Elle ne dit donc pas qu’elles font mieux qu’un traitement médicamenteux.
Le Pr Perlemuter évoque aussi certains antidépresseurs, qui peuvent soulager les patients. « Quand on parle d’antidépresseurs à un patient non déprimé, il n’y croit pas », constate-t-il. Côté assiette, l’entretien évoque un régime pauvre en FODMAP, ces sucres fermentescibles qui produisent des gaz. L’éviction doit rester temporaire, le temps d’identifier les aliments mal tolérés.
L’héritage familial, une piste encore à explorer
Le titre du livre renvoie à l’hypothèse la plus audacieuse du spécialiste. Selon lui, les dernières recherches montrent qu’il peut exister une transmission d’une génération à l’autre : chez certaines personnes ayant subi des traumatismes, on observe des modifications épigénétiques, des changements dans l’expression des gènes, qui peuvent être transmises aux enfants. Il insiste lui-même sur les limites : ce n’est pas un déterminisme absolu, et tous les descendants de personnes traumatisées ne développent pas la maladie. Il invite les patients à explorer leur histoire familiale, et à s’appuyer sur des psychologues, sophrologues ou hypnothérapeutes.

