Moustique tigre : jusqu’à 95 % de la France exposée au risque de dengue d’ici 2085

Une étude française projette l’expansion du moustique tigre et du risque de dengue sur l’Hexagone jusqu’en 2085. Dans le scénario le plus pessimiste, 71 à 95 % du territoire pourrait connaître une transmission locale du virus. Seules les montagnes resteraient à l’abri.

  • Le moustique tigre pourrait couvrir jusqu'à 95 % de la France d’ici 2085, principalement à cause du réchauffement climatique.
  • La transmission locale de la dengue pourrait concerner une large majorité du pays, sauf les montagnes.
  • Les zones périurbaines et rurales sont plus vulnérables que les villes, car le virus y circule mieux.
  • Les mesures de prévention individuelles comme vider l’eau stagnante restent essentielles pour limiter la propagation.

Moustique tigre : jusqu’à 95 % de la France exposée au risque de dengue d’ici 2085

De 1 département en 2004 à 81 en 2025

Le moustique tigre, Aedes albopictus, a été repéré pour la première fois en France en 2004, dans un seul département. En 2025, il était installé dans 81 départements. Le phénomène dépasse l’Hexagone : l’insecte est présent dans 30 des 45 pays d’Europe et progresse vers la Belgique et l’Allemagne.

Pour savoir jusqu’où cette conquête peut aller, des chercheurs de l’IRD, du Cirad et de l’ICTP, un centre international de physique théorique, ont modélisé sa répartition future et le risque de transmission de la dengue. Leurs travaux, publiés dans Global Change Biology et présentés par l’IRD le 10 août 2026, découpent la France en mailles d’environ 8 kilomètres.

Deux chiffres à ne pas confondre

Les titres mélangent souvent deux résultats distincts. Le premier concerne le moustique lui-même, c’est-à-dire la part du territoire où le climat lui permettrait de s’installer. Dans un scénario d’émissions moyennes et de population stable, 72 % de l’Hexagone lui deviendrait favorable. Avec de fortes émissions et une forte croissance démographique, la proportion grimpe entre 89 et 96 %.

Le second concerne la dengue : la part du territoire où le virus pourrait circuler localement, d’une personne infectée à une autre par l’intermédiaire du moustique, sans cas importé. Ce risque de transmission autochtone toucherait 71 à 95 % du pays, mais seulement dans le scénario le plus pessimiste. Le « presque toute la France » vient de là, et désigne donc un plafond, pas une prévision centrale.

Les auteurs attribuent plus de 99 % de ces changements au réchauffement climatique. L’évolution de la population, elle, pèse très peu. La chaleur accélère le développement des larves, allonge la vie des moustiques et les rend plus fertiles.

Les campagnes plus exposées que les villes

C’est le résultat le moins intuitif de l’étude. Les villes abritent davantage de moustiques, mais ce sont les zones périurbaines et rurales qui apparaissent les plus vulnérables à la transmission. L’explication tient à la façon dont le virus circule : là où il y a peu d’habitants, chaque moustique pique un petit nombre de personnes, plusieurs fois, ce qui augmente les chances qu’un virus passe de l’une à l’autre.

La saison, elle aussi, s’allongerait, avec des débuts plus précoces au printemps et une fin plus tardive à l’automne. Sur certaines portions des côtes méditerranéennes et basques, l’insecte pourrait même rester actif toute l’année, sans pause hivernale.

Le moustique tigre peut aussi transmettre le chikungunya et le Zika. L’étude, elle, ne modélise que la dengue.

Ce que ces cartes doivent changer

L’intérêt de ce travail est d’abord opérationnel : les cartes doivent aider les agences régionales de santé et les collectivités à choisir où surveiller et traiter en priorité. L’IRD cite trois leviers, sanitaire avec la stérilisation de moustiques ou les pièges ciblés, climatique avec la réduction des émissions, et individuel.

Côté individuel, le geste le plus efficace n’a pas changé : vider l’eau stagnante autour de chez soi, dans les soucoupes de pots de fleurs, les seaux ou les gouttières, où les larves se développent.