Gaz lacrymogènes : sont-ils responsables de troubles menstruels ?

Un collectif a recueilli près de 8 500 témoignages faisant état de troubles menstruels après une exposition aux gaz lacrymogènes. Sans établir de lien de cause à effet, il veut attirer l’attention sur une possible association entre ces troubles et l’exposition à ces gaz.

Gaz lacrymogènes : sont-ils responsables de troubles menstruels ?

Les gaz lacrymogènes font partie des armes à létalité réduite utilisées par les forces de maintien de l’ordre pour repousser des manifestants, disperser une foule ou rétablir le calme, notamment. Ils provoquent une irritation intense des muqueuses, de la peau et des voies respiratoires. Ils sont également soupçonnés de provoquer des troubles menstruels et d’avoir des effets néfastes sur la santé reproductive.

Créé au début du mois d’octobre par Eva-Luna Tholance, journaliste et doula, le collectif recense les témoignages notamment sur le compte Instagram lacrymos_de_sang. « Depuis la création du collectif au début du mois d’octobre par Eva-Luna Tholance, journaliste et doula, nous avons collecté près de 8 500 témoignages », indique Johanne Voahangy-Nirina, sage-femme et membre du collectif. L’objectif est de documenter, à partir de ces récits et de la description des symptômes, les effets des gaz lacrymogènes sur les personnes menstruées.

Des symptômes variés déclarés

Parmi les symptômes déclarés figurent l’apparition des règles trop tôt dans le cycle, chez des personnes qui portent un implant ou un stérilet hormonal et n’ont plus de cycles, ainsi que le retour des règles chez des personnes trans, qui ont encore un utérus, sous testostérone. Des crampes abdominales et des saignements sont également rapportés chez des femmes ménopausées, de même que des douleurs menstruelles plus fortes que d’habitude.

Une participante témoigne : « Je prends la pilule et je ne peux pas avoir mes règles. Le lendemain de la manifestation, mes règles se sont déclenchées et j’ai eu encore plus de douleurs que d’habitude. » Une autre décrit « des couteaux de chaque côté des ovaires et des contractions qui m’ont obligée à stopper une séance de footing pourtant OK habituellement ».

Le collectif a également reçu des témoignages de personnes qui n’ont pas participé aux manifestations. Une femme ayant laissé sa fenêtre ouverte au 4e étage, alors que des gaz lacrymogènes avaient été lancés dans la rue au pied de son immeuble, a ainsi ressenti de « grosses crampes abdominales », et ses règles sont arrivées, selon le témoignage rapporté par la sage-femme.

Deux études américaines dans le même sens

Deux études américaines, de 2021 et de 2023, ont déjà mis en évidence une association entre l’exposition aux gaz lacrymogènes et des troubles menstruels. Dans la première, publiée dans le BMC Public Health, 54,5 % des 1 650 personnes ayant répondu aux questions sur les menstruations rapportaient des changements menstruels ou une sensibilité des seins.

La seconde, publiée en 2023 dans Frontiers in Epidemiology, a été menée auprès de 1 276 personnes exposées à des agents chimiques utilisés par les forces de l’ordre. 83 % ont déclaré au moins un effet indésirable étudié. Les crampes utérines (69 %) et les règles survenues plus tôt que prévu (55 %) figurent parmi les symptômes les plus fréquemment cités, suivis de la sensibilité des seins (30 %) et des règles retardées (19 %). Ces symptômes étaient plus souvent signalés lorsque l’exposition était répétée.

Un collectif qui réclame une étude scientifique

Le collectif reconnaît les limites de sa démarche. « Nous avons conscience des limites de notre étude. Il ne s’agit pas d’une étude scientifique, mais nous nous positionnons en lanceuses d’alerte. » Il souhaite interpeller le gouvernement pour obtenir la suspension du recours aux gaz lacrymogènes au nom du principe de précaution, sensibiliser les professionnels de santé et obtenir des moyens pour qu’une véritable étude scientifique soit menée sur les effets des gaz lacrymogènes sur la santé menstruelle.

Le collectif précise par ailleurs ne pas recommander de renoncer aux manifestations. « Nous sommes un collectif militant, il est hors de question pour nous de recommander de ne pas aller en manifestation. Nous attendons du gouvernement et des forces de l’ordre un accompagnement en toute sécurité. »

En tant que sage-femme, Johanne Voahangy-Nirina espère aussi la rédaction de recommandations sur la prise en charge des personnes inquiètes après avoir inhalé des gaz. « Nous n’avons pour l’heure aucune réponse à leur apporter », regrette-t-elle.

La collecte de témoignages s’arrêtera le 31 octobre, avant la publication d’une analyse des résultats. Le collectif cherche également des témoignages de personnes menstruées ayant participé aux manifestations sans avoir été gazées.