Chômage : la santé physique et surtout mentale des personnes sans emploi se dégrade, selon Santé publique France

Les personnes sans emploi ont une santé physique, et surtout mentale, dégradée, selon une étude de Santé publique France publiée mardi 3 novembre. Le texte pointe notamment la « stigmatisation des chômeurs », qui apparaît comme un mécanisme psychosocial central.

Chômage : la santé physique et surtout mentale des personnes sans emploi se dégrade, selon Santé publique France

Selon cette étude, que France Inter a pu consulter, « le vécu du chômage et les preuves quantitatives de ses effets négatifs sur la santé » sont désormais documentés. Elle repose sur une enquête menée par téléphone auprès de 14 471 actifs âgés de 18 à 64 ans résidant en France hexagonale, issue des données du Baromètre de Santé publique France 2021. Les estimations ont été pondérées afin de tenir compte de la probabilité d’inclusion et de la structure de la population.

Le chômage, « qui touche environ 2,6 millions de personnes en France et auquel sont imputés 14 000 décès par an, constitue un enjeu majeur de santé publique », alerte Santé publique France. « La dégradation de la santé s’explique notamment par la perte de ressources financières, d’identité et de statut social, ce qui place la stigmatisation des chômeurs au cœur des explications psychosociales », poursuit l’étude.

Une dépression plus fréquente

Les chômeurs sont notamment plus nombreux à déclarer une dépression au cours de l’année écoulée. Sébastien Denis, directeur santé environnement travail à Santé publique France, cite des chiffres précis : « On avait 17 % de femmes qui avaient un épisode dépressif caractérisé. Alors que pour les femmes sans emploi, on en avait 27,2 % ». Ces épisodes se retrouvent aussi chez les hommes, mais dans une proportion moindre.

L’organisme souligne que « plus le chômage perdure, plus la personne perd contact avec la sphère productive, avec autrui, avec le monde ». L’étude a par ailleurs intégré les chiffres d’une enquête menée par France Travail en 2025 auprès de 2 098 personnes sans emploi inscrites en catégorie A. Une personne sur deux rapporte vivre ou avoir vécu une situation de stigmatisation depuis qu’elle est sans emploi. Parmi ces chômeurs, 56% déclarent avoir été discriminés dans l’accès au logement, à la santé ou à l’emploi, tandis que 37% se sentent moins pris au sérieux et 30% moins respectés.

Des politiques de prévention à construire

L’enquête ne permet pas à elle seule de certifier que le chômage est la seule explication de cette santé mentale dégradée. Les auteurs du rapport soulignent que, « même si les mécanismes directs et indirects du lien entre le chômage et l’épisode dépressif caractérisé restent à mieux identifier, une prévention ciblée doit concerner la population des actifs sans emploi, notamment les femmes les plus jeunes et celles en famille monoparentale ».

Pour Sébastien Denis, ces résultats constituent un signal à prendre très au sérieux pour mettre en place des politiques de prévention. Il rappelle que des expérimentations ont été menées, « notamment aux États-Unis, qui ont été répliquées dans d’autres pays européens et qui montrent qu’on peut concrètement avoir des effets positifs sur le fait de retrouver de l’emploi et de protéger vis-à-vis de la dégradation de la santé mentale ».