Plus de 40 000 chercheurs, médecins, soignants et professionnels du secteur se sont réunis à Madrid, du vendredi 23 au mardi 27 octobre, lors du Congrès européen de cancérologie (Esmo). Au programme : un vaccin thérapeutique, un duo d’immunothérapies contre certains cancers du poumon et un nouveau traitement contre le cancer de la prostate.

Les participants sont venus découvrir les dernières avancées pour lutter contre les cancers, une maladie qui a tué plus de 10 millions de personnes en 2024 à travers le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, près de 165 000 patients en sont morts en 2023, selon l’Institut national du cancer. « Ce congrès illustre les récents progrès de la biochimie et l’ingénierie en biotechnologie, qui ont permis d’élaborer de nouveaux traitements comme les anticorps bispécifiques, les vaccins thérapeutiques et les anticorps conjugués », a salué l’oncologue Fabrice André, qui a présidé l’Esmo 2026, auprès de franceinfo.
Un vaccin pour réduire le risque de récidive d’un mélanome
C’est l’avancée la plus notable de cette édition. Des scientifiques ont présenté les résultats très attendus d’un essai clinique international, réalisé en partie en France, sur le premier vaccin thérapeutique à ARN messager destiné aux patients atteints d’un mélanome, le cancer de la peau le plus mortel.
Associé à une immunothérapie déjà utilisée dans ce type de cancer, ce vaccin améliore les chances de survie à deux ans des patients sans récidive, qui passent de 70 à 82,2 %. « Ces résultats marquent un tournant décisif dans le domaine des vaccins anticancéreux », a salué la professeure Inge Marie Svane, de l’hôpital universitaire de Copenhague (Danemark), lors de l’Esmo. Ce traitement sur mesure est réalisé à partir des mutations spécifiques de la tumeur du patient, afin d’entraîner son système immunitaire à reconnaître et détruire les cellules cancéreuses. En France, il a été testé sur plus de 1 000 patients déjà opérés pour un mélanome avancé, traités à l’hôpital Gustave-Roussy. Le vaccin présente par ailleurs très peu d’effets indésirables : « principalement de la fièvre, de la fatigue et des douleurs au site d’injection, ce qui est également typique des vaccins viraux », note la scientifique. Dans le même temps, la dermatologue Caroline Robert estime, dans Le Monde, que ce type de mélanome concerne « environ 3 000 à 3 500 nouveaux patients par an » en France. Iris Pauporté, directrice de recherche à la Ligue contre le cancer, juge que « les vaccins sont une immense source d’espoir », tout en rappelant que « ce traitement prend du temps et il est coûteux, car il vient en plus d’immunothérapies qui sont déjà onéreuses ». Inge Marie Svane souligne elle aussi une limite : « Chaque vaccin doit être préparé pour chaque patient, ce qui prend du temps et limite les moments où il peut être administré. La question essentielle est de savoir si le vaccin peut être préparé dans un délai plus court. »
Un duo d’immunothérapies contre certains cancers du poumon
Deux nouveaux traitements améliorent les chances de survie de patients atteints de certains cancers du poumon. Le premier associe deux immunothérapies contre les cancers du poumon dits « à petites cellules », une forme particulièrement agressive, liée au tabagisme, et souvent diagnostiquée à un stade métastatique. Selon l’oncologue Maurice Pérol, interrogé par France Inter, ces cancers ont « une médiane de survie de l’ordre d’un an », et seulement « 13 % des patients sont en vie deux ans après le diagnostic ». Cette combinaison, le tarlatamab et le durvalumab, affiche des résultats encourageants. Après environ seize mois, elle « a permis une réduction de 58 % du risque de décès », a exposé l’oncologue américain Jacob Sands, cité par Le Monde. Un an après le début du traitement, 79 % des patients ayant reçu cette association étaient encore en vie, contre 53 % de ceux traités avec le durvalumab seul. L’oncologue thoracique Nicolas Girard, de l’Institut Curie, évoque l’idée de l’administrer « dès le début » de la maladie.
Un nouveau traitement contre le cancer de la prostate
Un troisième médicament pourrait s’ajouter à la liste des traitements contre le cancer de la prostate métastasé. Le cancer de la prostate, le plus fréquent chez les hommes, avec près de 60 000 nouveaux cas recensés en 2018 selon l’Institut national du cancer, se soigne efficacement lorsqu’il est diagnostiqué à un stade précoce. Le pronostic est en revanche beaucoup moins favorable quand des métastases sont déjà présentes, et la maladie « touche aussi des patients plus jeunes », souligne Iris Pauporté.
Ce nouveau traitement est une hormonothérapie qui s’ajoute au traitement habituel. Il se présente sous forme de comprimés « bien tolérés par les patients », explique l’oncologue Karim Fizazi, spécialisé dans les cancers génito-urinaires. Selon les résultats présentés au congrès, « on rajoute deux ans de survie supplémentaire ». L’oncologue espagnole Elena Castro observe : « Le prochain défi sera de déterminer comment personnaliser au mieux les traitements et identifier les composantes thérapeutiques réellement nécessaires pour chaque patient. »
