Le terme d’andropause est trompeur. Contrairement à la ménopause, qui touche toutes les femmes, la baisse hormonale masculine n’est ni brutale ni systématique. C’est pourquoi les médecins préfèrent parler de déficit androgénique lié à l’âge (DALA) ou de syndrome de déficit en testostérone, lorsque cette baisse s’accompagne de symptômes qui altèrent la qualité de vie.

La diminution de cette hormone sexuelle mâle est progressive. Son intensité varie d’un homme à l’autre et ne touche pas tout le monde.
Des érections plus rares
La sexualité est souvent la première touchée. Pour les urologues, la diminution des érections nocturnes et matinales est un signe d’alerte. L’érection met plus de temps à venir, malgré des stimulations plus intenses, et retombe plus vite. Le délai avant de pouvoir avoir un nouveau rapport s’allonge.
Le désir s’émousse et les rapports s’espacent. L’orgasme peut perdre en qualité, et l’éjaculation devenir moins abondante et moins puissante. Autre indice : les comprimés contre les troubles de l’érection, appelés inhibiteurs de la PDE5, deviennent moins efficaces.
Bien plus qu’une affaire de couple
Fatigue, bouffées de chaleur, sueurs, troubles du sommeil, irritabilité, humeur morose, trous de mémoire ou difficultés d’attention complètent souvent le tableau. Le corps change aussi : fonte musculaire, ventre qui s’arrondit, pilosité qui diminue, seins qui gonflent (gynécomastie), os qui se fragilisent.
Pour faire le point, le médecin peut s’appuyer sur le score ADAM, un questionnaire de dix questions simples portant notamment sur la baisse du désir sexuel, la baisse d’énergie, la diminution de la force ou de l’endurance, la tristesse ou la maussaderie, et la baisse des érections. Une réponse positive aux questions 1 et/ou 7, ou à au moins trois questions, oriente vers un déficit en testostérone.
Un bilan sanguin, puis un traitement sous surveillance
Pour établir le diagnostic, certains praticiens se fondent sur la valeur de la testostérone totale. Le Pr Éric Huygues, lors du congrès de l’Association française d’urologie (novembre 2023 ; Paris), a pourtant mis en garde : « C’est plutôt la valeur de la testostérone libre ou biodisponible qu’il faut prendre en compte, même si la testostérone totale semble normale. »
Deux dosages le matin, entre 8 et 11 heures, à jeun, à un mois d’intervalle sont recommandés. Pour les normes, il est préférable de se référer aux valeurs moyennes des hommes jeunes (20-40 ans), selon l’Association française d’urologie (AFU). Le bilan comprend aussi la TSH, pour écarter une hypothyroïdie, ainsi que la glycémie et les lipides sanguins. Si le déficit se confirme, d’autres examens (LH, PSA, numération sanguine, prolactine) permettent de préciser l’origine de la baisse, au niveau des testicules ou liée à l’hypophyse, dans le cerveau.
Obésité, diabète, alcool, sédentarité, certains médicaments ou maladies chroniques favorisent le déficit. Chez les hommes en situation d’obésité, la testostérone totale est en moyenne 25 % plus basse. Perdre du poids et pratiquer une activité physique régulière font alors partie intégrante du traitement.
« Environ 340 000 hommes en France présenteraient un déficit en testostérone s’accompagnant de symptômes, mais seulement 70 000 d’entre eux, soit 20 %, sont sous traitement substitutif », indiquait le Pr Huygues. Il estime que « le traitement du déficit en testostérone est efficace et sans risque ». Il ajoute que « contrairement à une idée répandue, des recherches approfondies ont confirmé qu’un taux élevé de testostérone n’est pas lié à un risque accru de cancer de la prostate ».
Lorsque le déficit est confirmé et associé à des symptômes, un traitement par testostérone peut être proposé : injections intramusculaires de testostérone énantate, remboursées, ou gel, non remboursé. Un cancer de la prostate contre-indique ce traitement. Le médecin se montrera aussi prudent en cas de taux de globules rouges trop élevé, de risque de thrombose, d’adénome de la prostate gênant ou d’apnées du sommeil.
