Une large part des Français déclare avoir déjà été exposée à de fausses informations en santé, et les jeunes sont les plus concernés. Le ministère de la Santé a lancé mercredi 21 octobre l’Observatoire de la désinformation en santé, pour mieux comprendre comment ces contenus naissent et circulent.
Selon un baromètre commandé par le ministère de la Santé à Toluna Harris Interactive, 91 % des Français disent avoir déjà été exposés à des informations fausses ou trompeuses en matière de santé. Pour 38 % des 15 ans et plus, c’est au moins une fois par mois. Ces contenus ont un impact réel : 45 % des sondés reconnaissent y avoir déjà cru. Chez les 15-24 ans, 74 % admettent s’être laissé convaincre par une fausse information en santé, et la moitié d’entre eux (51 %) disent avoir suivi une recommandation erronée qui les a conduits à adopter un comportement à risque, comme tester un autre traitement, interrompre un traitement ou retarder une consultation médicale. Sur l’ensemble de la population, cette proportion atteint 29 %.
Près d’un Français sur deux (49 %) ne se sent pas capable de se prémunir contre les fausses informations, 42 % estiment difficile de trouver des informations fiables et 34 % avouent ne pas savoir comment vérifier une information.
Octobre rose, cible des infox
Le calendrier n’a rien d’un hasard. En pleine campagne Octobre rose, le dépistage du cancer du sein fait partie des sujets les plus exposés aux rumeurs, parmi lesquelles la mammographie présentée comme une cause de cancer. Selon l’Institut national du cancer (Inca) et la Ligue nationale contre le cancer, ces affirmations fausses peuvent entraîner un renoncement au dépistage et favoriser des pratiques non validées.
Veiller, analyser, riposter
L’Observatoire s’inscrit dans la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé, présentée en janvier 2026. Il doit publier des baromètres réguliers et animer des groupes de travail sur des thèmes prioritaires comme l’éducation, l’intelligence artificielle ou la responsabilité des plateformes.
Concrètement, son action repose sur un dispositif d’« infovigilance » en trois temps. D’abord la veille, assurée par le ministère, les agences régionales de santé (ARS) et les opérateurs de santé, qui font remonter les fausses informations. Ensuite l’analyse : chaque rumeur est évaluée selon des critères comme sa viralité, son volume et sa dangerosité, avec l’appui d’experts indépendants. Enfin la riposte, avec des contenus de décryptage élaborés avec les sociétés savantes, les ordres professionnels, les médias ou l’Éducation nationale. Sur les réseaux sociaux, le ministère publiera aussi des commentaires validés en réponse aux publications problématiques, en particulier dans les situations de crise ou d’urgence.
Pour toucher les jeunes, le ministère lance sur TikTok la chaîne « Le Check-Up », support de courtes vidéos où interviennent des infectiologues, des médecins de santé publique ou des gynécologues. Sur le site sante.fr, un quiz interactif doit permettre d’apprendre à distinguer le vrai du faux et de comprendre le rôle des biais cognitifs et des algorithmes dans la diffusion des rumeurs. Face à une information douteuse, les réflexes à adopter restent de vérifier ses sources, de croiser les informations, de privilégier les sources reconnues et de demander conseil à un professionnel de santé, en consultant la page sante.fr/decryptage.
Des moyens limités
L’Observatoire ne dispose d’aucun financement spécifique. Il s’appuie sur la délégation à l’information et à la communication du ministère de la Santé et sur une « communauté d’alliés » chargée de la veille et de la détection. Un manque de moyens que regrettent nombre de professionnels de santé, qui déplorent également l’absence d’une plateforme permettant à l’ensemble des soignants de signaler une fausse information, ainsi que d’une réponse judiciaire pour sanctionner ceux qui la propagent.
Le nom même de l’observatoire est lui aussi contesté. Pourchasser chaque rumeur ? Une bataille sans fin, estimaient les trois auteurs du rapport remis en janvier. Plutôt que de traquer le faux, ils proposaient de faire émerger le vrai, d’où le nom retenu : « Observatoire de l’information en santé ».

