L’association Addictions France publie jeudi 5 novembre un nouveau rapport dans lequel elle considère les réseaux sociaux comme une « arme de propagation massive pour les marques d’alcool ». Elle dénonce « les stratégies mises en œuvre par les marques d’alcool pour contourner la loi Evin sur les réseaux sociaux ».
« Les marques d’alcool ont bien compris les ressorts du marketing d’influence », peut-on lire dans le document. Les publicités payées par ces marques s’insèrent directement dans le fil d’actualité des utilisateurs. Elles sont considérées comme « inertielles » ou « invasives » par l’association, qui y voit, selon elle, des « moments de vie (fête, amitié, loisirs…), souvent en format vidéo, dans lesquels la marque d’alcool est visible de façon plus ou moins subtile ».
Addictions France a passé au crible les bibliothèques publicitaires de 20 grandes marques sur les plateformes de Meta, comprenant notamment Facebook ou Instagram. Ces données mettent en lumière une « omniprésence de l’alcool sur les réseaux ». La marque de bière BrewDog arrive en tête avec 1 550 contenus observés sur un an, contre 210 en moyenne pour les autres marques. Suivent la liqueur Jägermeister avec 655 contenus, et le vin Gérard Bertrand avec 630.
Des influenceurs mis à contribution
Le rapport pointe aussi l’offensive des marques auprès des influenceurs. « La collaboration avec les influenceurs, combinée à la sponsorisation et au ciblage publicitaire, permet aux marques d’alcool d’amplifier considérablement leur visibilité sur les réseaux sociaux et de toucher une audience très large, et jeune », juge Franck Lecas, responsable du pôle Politiques publiques d’Addictions France.
Concrètement, les marques font publier aux influenceurs, gratuitement ou moyennant finance, des contenus faisant la promotion de boissons alcoolisées. Ces collaborations privilégient « l’immersion et l’interaction (…) pour maximiser l’engagement sans éveiller les soupçons », avec des « recettes de mixologie, quizz, sondages, jeux-concours viraux instrumentalisant le cercle amical », précise le rapport. L’alcool de sureau Saint-Germain est repéré dans 87 publications de 35 influenceurs différents.
Selon Addictions France, ces « collaborations commerciales génèrent fréquemment des milliers, voire des dizaines de milliers de réactions, commentaires et partages, témoignant de leur capacité à capter l’attention des utilisateurs et à favoriser la mémorisation des messages publicitaires ».
Vers une interdiction totale
Après avoir obtenu la condamnation de la marque de bière Heineken en 2025, Addictions France compte engager de nouvelles actions en justice contre d’autres marques. Jugeant le cadre actuel de la loi Evin dépassé, l’association réclame désormais une interdiction totale de la publicité pour l’alcool sur Internet.

